L'interview de Jean-Marie HOUDUSSE, président d'AGEN DEMAIN, dans Sud Ouest du 28 Octobre 2010, était suivi de la réaction de Bernard Lusset, Premier Adjoint à la Mairie d'Agen, que nous retranscrivons en intégralité :
B.Lusset : « Un buzz trop facile »
« Le Bilan social a été présenté dernièrement en Comité technique paritaire, évoque Bernard Lusset. A la mairie, deux instances paritaires s’occupent de ces questions : le CHS et une personne de la DRH en charge de la prévention et des maladies professionnelles.» Invité à répondre, le premier adjoint au maire ne doute pas un instant de la provenance de ce document, dit « ne rien avoir à cacher » et se montre disposé « à prendre du temps pour le détailler ». Car selon lui, le Bilan social « est un document important mais qui appelle à une analyse plus fine ».
Concernant le chiffre annoncé de 54 % d’augmentation des arrêts de travail entre 2008 et 2009, il met en garde : « Il faut se méfier de l’effet loupe d’un chiffre. Une longue maladie qui touche deux employés peut considérablement le faire augmenter et laisser penser qu’il y a une hécatombe… »
Quant à la « détérioration générale » sur laquelle conclut le document, elle est d’après lui comparable à celle que l’on retrouve dans d’autres collectivités qui ont une pyramide des âges avec un sommet qui s’élargit.
« Depuis deux ans, nous mettons en place, et ce n’est pas simple, une politique de mobilité pour les salariés qui, après quinze ans passés au sein du même service, sont au bout du rouleau. Et ça, le Bilan social n’en fait pas mention. La réalité sociale de la mairie est beaucoup plus complexe que ce que certains essayent de laisser penser » conclut Bernard Lusset.
AGEN DEMAIN souhaite y apporter quelques précisions :
1 - Bernard Lusset se prend les pieds dans le tapis sur les chiffres !
Lorsque nous avons avancé l'augmentation de 54% du nombre de jours d'arrêts de travail entre 2008 et 2009, ce chiffre ne tenait pas compte des arrêts dit de longue durée. Or, Monsieur Lusset pense que ce sont ces arrêts qui faussent le bilan social.
Les jours d'arrêts ajoutés aux arrêts de longue durée portent le chiffre de 1205 à... 1935 ! Soit une augmentation de... 150 % !!! Nous avons préféré une analyse à univers constant, en excluant donc ces arrêts longue durée.
2 - Bernard Lusset juge normal qu'avec une pyramide des âges dont le sommet s'élargit, les arrêts de travail explosent.
Deux réflexions...
Il est étonnant que l'on puisse vieillir si vite en l'espace d'un an (!). Et que parallèlement, cette justification intervienne au même moment où le gouvernement nous explique que l'on peut travailler plus longtemps puisque l'on vit plus longtemps...!
...... Une interrogation :
Quant à la politique de mobilité pour les salariés au bout du rouleau, on ne peut que s'interroger car celle-ci ne figure pas dans le bilan social. Un "salarié "de la mairie est dans la plupart des cas un fonctionnaire territorial qui est titulaire de son grade mais pas de son emploi. En tant que fonctionnaire, il peut faire l'objet de nombreuses sanctions, qu'il soit" au bout du rouleau", ou qu'il fasse preuve de mauvais esprit quant à d'éventuelles restructurations. Mais ces sanctions sont lourdes et des procédures légales et réglementaires sont nécessaires pour leur mise en oeuvre. Mieux vaut donc muter l'agent en cause, puisqu'il n'est pas titulaire de son emploi. Et si l'agent n'accepte pas cet état de fait, il lui reste alors à se taire, arrêter de travailler, ou saisir le Tribunal Administratif.
Et pour mémoire, les contentieux en matière de mutations-sanctions ne manquent pas dans la fonction publique.
Bref, politique raisonnée de mobilité à visage humain pour des agents en difficulté ou restructurations à marche forcée avec menace de mutations, il est impossible de trancher puisque le bilan social est muet sur ce point. Mais au vu des indicateurs disponibles, il n'est absolument pas illégitime de s'interroger.
Pour mieux comprendre :
Social : le malaise des employés de la Mairie d’AGEN